23 août 2008
A quatro cuore
La pluie ruisselle lentement sur ma peau trouée par ces
nuits sans sommeil. Je guette et l’horizon me paraît si lointain. Je tâtonne dans l’obscurité, d’hésitation en
quête inutile, mes doigts cherchaient l’interrupteur de l’abat-jour. Ce mot me
semblait bien étrange et plein de mystère, puisqu’il évoquait en moi un double
sens.
La première, plus
simple et basique consiste à dire qu’il est là pour illuminer les limbes
obscurs d’une nuit d’encre. La chaleur que cette lampe dégage, et éclaire de sa splendeur ce monde dans lequel
la leur s’est tue. Les yeux ne distinguent plus les formes et les couleurs,
nous plongeant dans l’univers de la
cécité.
Mais cela ne
suffit pas. Une seconde définition plus pugnace rappelle à nos mémoires
endormies, ce bourreau, dictateur de la pénombre, qui se tient à côté du lit.
Il l’assomme, la plie, la trucide des ses raies de lumières, puis la projette
contre une cloison, ou à même le sol. Dégageant une petite parcelle de clarté
dans un recoin de la nuit.
Une silhouette fantomatique s’éloigne, il fait froid et j’ai mes mains tremblantes. Longues minutes de râles, je me penche en avant pour vomir tous ces maux qui me rongent le cœur et l’esprit. L’âme meurtrie se languie du bonheur qu’elle goûta il y a si peu de temps encore. Un voile terne couvre les dernières brumes du matin frais, qu’il envahi mon être et me plonge dans une torpeur endolorie.
Qu’ai-je dont fait pour te voir ainsi. Je relis ces derniers mots que tu me laisses sur la table. Petite page blanche entachée de quelques notes insipides, ce ne sont que quelques instants d’une histoire qui s’efface. J’ai beau retourner, torturer, plier, tordre ces mots, ils ne cèdent pas. Ils s’enlisent dans les limbes du souvenir, enfonçant d’avantage le pieu du mépris.
Une lointaine mélodie venue du tréfonds secoue mes entrailles d’une dernière nostalgie romantique, abandonnée au pied de l’autel des amours perdus.
Cherchant une dernière lueur, je guette l’aube qui se lève, soulevant le voile de la nuit. Petite larme qui se meurt en silence, la solitude m’enlace de son étreinte étouffante. Il ne me reste plus qu’à prendre l’omnibus, direction quai des anges.
Michel Cosentino © 22/08/08
