20 août 2011
Maxima constellatio
Je revois les portes brunes de mon couloir d’immeuble, on traînait là pauvres petits badauds perdus, sans repaire ni lumière. Juste le reflet du soleil pour nous éblouir dans ses allées sombres et sans vie. Nous on apportait la joie et la bonne humeur. Les travées étaient parfumées des si bons repas que nos mères préparaient. Alors, à force de ne rien faire, on errait comme ces feux follets qui peuplent les forêts magiques. On aimait taquiner les filles des corridors sans lumières, on susurrait à leurs oreilles puritaines, quelques phrases romancées. Les lampes titillaient nos baisers d’adolescents, et donnait à cette atmosphère une sonate à quatre sens. Alors, quelques filles laissaient glisser leur petit corsage, pour que de nos mains tremblantes, nous puissions franchir l’Everest tant recherché. Quelques chiens fous aboyaient au bas des cages d’escaliers, où il y régnait une atmosphère d’amour et d’encens. Quelques claques transpirant des portes d’appartements, laissent des échos de justices dont nos errances nous sanctionnaient quelques fois. Je pris ta main, puis scruta le ciel étoilé, la lune prenait ses quartiers dans l’obscurité, puis elle relance au soleil qui s’est enfui, un défi de se rencontrer un jour, pour s’unir. Que de petites têtes d’épingles qui pointent et tissent dans les cieux des canevas d’où émergent quelques cavaliers endormis. Ce spectaculaire astérisme portée à nos regards d’enfants ébahis est une minute de pureté.
Alors, délicatement, tu poses tes lèvres sur les miennes, et je m’élève vers ces contrées tant recherchées.
J’ai le goût de caramel et de bonbon sucré qui me colle à la peau, et ton parfum si doux enivre mes sens. Je me pose sur ce lit herbeux et pose mes mains sur ta peau. Tu hausses ton corps et nous voici parti vers de lointaines contrées……
© Michel COSENTINO Tous droits réservés. VII-XXI
14 juin 2011
Une seconde et une vie
Ce temps que je dispose, ce temps que je voudrais avoir, ce temps que je n'ai pas eu, ce temps qu'il me restera, ce temps qui passe et qui court, ce temps qui s'éloigne et qui s'enfui. Ces minutes que je dispose, ces minutes qui sont présentes, ces minutes qui sont éternelles et qui n'en finissent jamais. Ces secondes que j'avais, ces secondes à perdre, ces secondes à te consacrer, ces secondes que l'on veut parfaites, ces secondes qui s'étiolent et qui s'enroulent dans le karma du temps.
Il y le temps que l'on veut se donner, ce temps que l'on veut donner, ce temps qu'on voudrait consacrer, et ce temps qui a été. Mais les minutes ne sont que les parcelles imparfaites d'un passé que le présent regrette et dont le futur ne disposera jamais. Ces secondes à te lire, et ces secondes pour te le dire, sont si précieuses à ces mots prononcés, et la vie n'a de sens que si elle se penche sur nos existences.
Le berceau dans lequel j'ai tant aimé vivre, cet âtre si cher a mon coeur, qu'il a perdu le sens des réalités.
Qui est cet horloger qui chronomètre nos faits et gestes, qui les calent et les bordent sur l'échiquier du temps.
Il est temps de se souvenir qu'une minute passée à tes côté, son de longues et douces secondes. Ce sont des destins qui se croisent et se mêlent pour ne former plus qu'une onde parfaite sur les eaux limpides de ces deux êtres éperduement épris. Même si le temps gomme notre face lisse pour en creuser de profonds sillons, il n'en demeurera jamais qu'une simple notion de temps. Ce temps que l'on apprécie, et qui défile comme une suite de vieux clichés.
(c) Michel COSENTINO
06 juin 2011
Chapitre 1- Vento d'agosto
Les Vents d’Août
Août 1939
En septembre 1939, alors que les Allemands étaient concentrés à envahir la Pologne, l'armée française envahissait l'Allemagne à l'ouest.
C’est le début du désordre et du chaos que va traverser l’humanité toute entière.
« Sicile, beauté sauvage, terre de feux, mystère et charme sont les deux parfums qui s’échappent de ton cœur. L’Etna est son tempérament d’amant colérique et fougueux, gardant jalousement l’entrée de l’île à toute personne ne sachant pas respecter sa nature et son silence.
Je me souviens il y a si longtemps d'un pré où j'aimais me ressourcer.
De ce champs de fleurs parfumé de senteurs de pâquerettes, de coquelicots et de marguerites.
Il y avait dans le fond de ce pré, un splendide olivier qui se tenait là droit comme un ''i'',
Imposant, grandiose et superbe.
Ses longues rames étaient composées de longues terminaisons feuillues,
Quand le vent venait le bousculer, on eût cru voir la lutte de David contre Goliath,
Du Cyclope contre Jason, mais rien ne semblait déranger cet olivier bicentenaire.
Cela m'impressionnait de le regarder tant sa grâce que sa beauté,
tant par sa hauteur, que par les sillons gravés sur son écorce.
Lorsque le soleil déclinait, j'aimais me reposer sous cet arbre,
Je le touchais, le caressais, et essayais de m'emplir de sa force.
Témoin fidèle et silencieux de tant d'histoires d'amours,
Auxquelles jamais il faillira, aspirant comme sa propre sève
Tous nos murmures et lamentations, joies et rires,
Malheurs et tourments.
Je me souviens il y a si longtemps du pré vert de mon enfance, de cette paisible rivière d’où j'aimais m’y baigner,
De cette belle fille que j'ai tant aimé,
De ces caresses qu'elle m'avait donné
Et tant de plaisirs partagés.
Elle avait la peau senteur lilas
Les yeux pierres de Jade
D’une douceur infinie,
Nous passâmes les meilleurs étés
Couchés sous cet arbre
Pour t’aimer à tout jamais »
Pour Anna et Giuseppe.
Le soir étendait sa longue robe noire au sommet des bâtisses plongées dans la semi pénombre.
La bise tiède descendait des collines apportant un peu de fraîcheur au crépuscule féerique. Au loin dans les cieux, l’horizon devint orangé. Le soleil voulait encore marquer sa présence cette magnifique journée.
Les collines rejetaient la fumée du feu que certains paysans avaient allumé pour supprimer mauvaise herbe et broussaille asséchée.
Les grillons entonnent leur chant rituel, tandis que les premières lucioles dansaient dans la nuit.
Au centre, il y avait notre propriété, Il CASTELLO.
Mes grands-parents paternels avaient fait de grands sacrifices pour créer ce formidable domaine. Il est le berceau, la genèse de nos origines.
La rivière zigzaguait autour du domaine.
De hauts murs de pierre entouraient la demeure.
Une grille de fer forgé barre l’entrée de la cours. A droite l’écurie et l’étable, et au fond, un grand jardin paré de splendides d’oliviers, des citronniers et des noisetiers.
Un grand caroubier, à l’écorce brune et rugueuse, offre un abri pour beaucoup d’oiseaux.
Côté Sud Est, le portique voûté de la propriété conduit droit aux premiers champs.
Contre le mur nord, à l’abri de la chaleur, quelques plants de thym, de basilic, de romarin, de menthe sauvage, de sauge, d’origan, et de fenouil.''
' (c) Michel COSENTINO Tous droits réservés
Extrait du Roman qui ne fira donc jamais......
Matin d'automne.
Ca y est je quitte ces murs froids, sans vie, l’air pesant qui y règne m’oppresse et m’empêche
de respirer sereinement. Les odeurs d’alcool et d’éther envahissent les travées des corridors
d’où j’entends certains murmurer encore. Le long des couloirs quelques bancs salis par des nuits d’angoisses, et d’autres endroits où les murs peint des larmes de celles et ceux qui ont tout perdu. Quelques sanglots étouffés s’échappent des cloisons poreuses, et les sons qui me parviennent ne sont qu’une cantate à l’agonie. Je serre les poings, je remonte le col de ma veste en cuir, pour mieux me protéger de cette illusoire espérance qui me triture les entrailles. Quel est ce temps assassin à ma mémoire qui revient chaque jours dans ma vie. Qui est tu pour me poursuivre ainsi. Je n’ai que ces chants issus de mon enfance qui résonne encore dans mes oreilles, ces berceuses qu’on nous chante pour nous faire traverser cette nuit inquiétante.
Je pousse la porte du sas, l’air du dehors semble plus frais et les étoiles qui tapissent les cieux semblent dessiner ta robe.
Sur une page jaunie d’un magazine qui traîne sur mon siège arrière, ta photo collée dessus.
Pourquoi as-tu renoncée ce combat à la vie… Pourquoi as-tu abandonnée…. Tu nous laisse sur les rives du deuil et ton ange qui tient ma main, je peux sentir ses larmes muettes et ses cris étouffés. Je n’ai plus qu’une image de toi mais sans cette force que tu as laissée je ne pourrais jamais continuer. Sur ce banc, je me pose, et me repose, pour écouter ta voix chantante qui m’a tant fait vibrer, au-delà de toute pureté, et toute passion, je n’ai qu’un amour et elle s’en est allée…
Rien n’est éternel, si ce n’est que ce vieil air que tu fredonnais chaque matin à notre enfant.
On croit tout avoir et l’on ne possède finalement jamais rien…
© Michel COSENTINO Tous droits réservés Juin 2011
Loney
J’ai trop de mots pour te dire combien est long ce silence, j’ai trop de sens pour te donner mes sentiments, et cette porte qui reste close, et ces mains qui se cherchent au plus profond de l’obscurité. J’ai trop de minutes à ses heures perdues, j’ai trop de secondes écoulées sur ce sable sans fondation, j’ai trop de brûlures pour guérir ce cœur perdu. J’ai des larmes sans saveur ni sels pour irrigués ces sillons qui burinent ma face d’acier. La pluie se déverse sur mes peines et je reste sans parole, ni voix pour crier ton nom. Et ce silence, que l’on veut réparateur, ne fait qu’accentuer cette illusion de bonheur....
(c) Michel COSENTINO Tous droits réservés
26 mai 2011
Il n'y a qu'une seule fois.
S’il y a des souvenirs qui reviennent à moi, du plus profond de mon enfance, alors je me rappellerai des ces couloirs peints, et ces petits carrelages rougis et blanchis par les semelles de nos chaussures.
Il y avait cette douce odeur des soirs d’avant noël, de celle qui marque nos esprits de petits enfants des cités. Ces corridors étaient nos royaumes et les portes d’immeubles étaient des passages vers de nouveaux mondes. On se prenait pour des conquérants, innocents, et l'âme si pure. Puis il nous arrivait de poser nos cœurs sur le rebord de la fenêtre, le soir au crépuscule lunaire.
Là, simplement, on écoutait chanter nos mères la berceuse nocturne enchantée à nos petits frères et sœurs. Elles passaient délicatement les mains sur la petite tête, pour remonter la mèche ou l’épi qui couvrait leurs yeux.
Puis la lune, baignée dans une mer noire, semblait flotter, danser, et nous sourire. On pouvait tout lui dire, tout lui conter, même nos craintes, elle ne se moquait jamais de nous. Quelques étoiles venaient danser tout autour de cette scène féerique, puis d’un salto avant, disparaissait sous une toile lactée et blanchâtre. C’est le voile de la mariée qui frôle l’horizon lointain, et passe par-dessus les toits endormis.
Je regarde les cieux, je repense à ce temps si lointain mais si proche à ma mémoire, on se remémore aussi le bien que le pis, l’innocence nous quitte vite, et la sincérité s’estompe avec les ans.
Nos pères qui sortent le soir, prendre leur bus, pour rejoindre ce gouffre sombre. Toute leur peur est dissimulée sous un épais manteau de courage et de fierté. Ce sont ces hommes qui ont forgés nos esprits et nos caractères. Ils avaient la simplicité et la bonté d’âme, et cela les rendait encore plus purs et parfaits. C’était nos modèles, nos héros, ces êtres si généreux et fort à la fois.
Puis il y avait cette amitié si forte et si prenante qu’elle nous unissait tel ces fratries imparfaites et si différentes. Et pourtant l’harmonie régnait dans toute sa splendeur, et nous n’avions aucune prétention si ce n’était que de rester ami à tout jamais.
Les portes de nos appartements se ferment à nos rires et les larmes sont cachées derrière de lourdes paupières fatiguées.
Mère, il y a un murmure qui résonne encore dans mon cœur, et ta voix si douce se pose encore sur mes souvenirs, pour t’entendre chanter encore une dernière fois cette si délicate chanson qui a tant bercé ma jeunesse.
C’est le dernier port vers lequel je vais accoster, poser mes valises et me reposer. Les années ont laminées mes ultimes espoirs d’enfant perdu, et briser ces rêves tant chéris. J'ai quitté celle que j'ai tant aimé, qu'au désir ne suffit pas pour combler.
Alors je te revois, douce et belle, ta peau sent le jasmin, tes cheveux sont des épis de blés dorés, j’ai le goût de tes lèvres et l’odeur de ton parfum encore en moi. Fabuleux trésor égoïste, j’ai emprisonné cette photo au plus profond de moi, pour le garder si secret qu’il m’a rendu prisonnier de mon amour.
Tu n’as jamais su combien je t’aimais, combien de nuit j’ai espéré te revoir, pour te chérir contre moi et ne jamais plus te laisser.
Mais la chaloupe pris le large, emportant avec elle mes derniers espoirs, ceux d’un homme perdu, abandonné par ses rêves et trahi par la vie.
Rien n’est parfait, ce n’est qu’une vision tronquée d’une existence que l’on s’imagine parfaite, et que le temps vengeur vient semer.
© Michel COSENTINO Mai 2011 Tous droits réservés.

